Juil 222013
 

Rail-SafetyLe déraillement le 6 juillet de wagons-citernes de pétrole brut dans le centre-ville de Lac-Mégantic a provoqué un terrible désastre, causant la mort d’une cinquantaine de personnes, ainsi que des dégâts matériels et environnementaux considérables. Le Parti communiste du Canada et le Parti communiste du Québec expriment leurs sincères condoléances aux familles et à la population de Lac-Mégantic éprouvées par ce drame.

À la tristesse et au désarroi, s’est rapidement ajouté un profond sentiment de colère contre les responsables d’un pareil gâchis, la Montreal, Maine and Atlantic Railway (MMA) et Transports Canada, ainsi que leurs politiques de profit et d’austérité.

MMA exploite 820 km de chemins de fer qui traversent plusieurs villes du Québec et du Maine, et est l’une des filiales du Rail World, une transnationale basée en Illinois, qui gère et investit dans les chemins de fer à travers le monde, notamment en Pologne, en Ukraine, en Estonie, en Lettonie et aux Pays-Bas. Rail World déclare que son but est de «promouvoir la privatisation de l’industrie ferroviaire en réunissant les organismes gouvernementaux qui souhaitent vendre leurs intérêts au capital d’investissement et à son expertise de gestion. »

Rail world a acheté MMA en 2003 pour 50 millions de dollars avec l’aide de la caisse de Dépôt du Québec qui y a investi près de 15 millions $. Par la suite l’entreprise a reçu des dizaines de millions de dollars en prêts et subventions dans le cadre des programmes d’infrastructures des gouvernements.

MMA est connu pour ses pratiques agressives de réduction des coûts d’exploitation en réduisant son personnel, en négligeant l’entretien de son réseau, en utilisant des équipements usés et en utilisant les wagons-citernes de type 111, qui sont reconnus être inappropriés pour le transport du pétrole. Entre 2003 et 2010, l’entreprise a licencié 35% de son personnel et a imposé une réduction des salaires de 15%.

L’an dernier, Transports Canada a autorisé MMA à déroger aux règles de sécurité en lui permettant d’opérer ses trains avec un seul mécanicien à bord. En même temps, le gouvernement conservateur a imposé des coupes sombres dans le budget de Transports Canada, dans le cadre des présentes mesures d’austérité qui ont éviscéré de nombreux services publics. En mai 2013, près de 500 employé(e) de Transports Canada avaient reçu des avis de cessation d’emploi. Ce type d’attaque contre les services publics compromet directement le droit du public à des inspections et à une application fiable et conséquente de la sécurité.

Parallèlement aux mesures d’austérité, le gouvernement conservateur accroit ses efforts pour privatiser de nombreux services publics. Les Conservateurs et leurs prédécesseurs ont encouragé et facilité cette privatisation en subventionnant généreusement les entreprises acheteuses et en réduisant les règles minimales de sécurité pour assurer et augmenter leur marge de profit. Depuis une douzaine d’années, le Québec a une loi qui obligeant les compagnies ferroviaires à fournir aux municipalités la liste des produits dangereux qu’elles transportent sur leur territoire. Cependant, cette loi n’a jamais été appliquée, parce que la règlementation gouvernementale qui devait la mettre en vigueur n’a jamais quant à elle été adoptée.

Une autre partie de la toile de fond derrière la tragédie de Lac-Mégantic est le virage économique frénétique vers l’exploitation et l’exportation massive des hydrocarbures, incluant les sables bitumineux de l’Alberta. Une conséquence de cette politique a été une augmentation spectaculaire du transport du pétrole via le train. Le Canadien National, par exemple, a connu une augmentation de 5000 wagons-citernes par année en 2010 à environ 30 000 en 2012. Pour MMA et Rail World, l’augmentation en flèche du transport de pétrole est une bonne occasion d’affaire dans laquelle la compagnie s’est engagée à fond de train en dépit de son matériel et de ses infrastructures inadéquates et non sécuritaires.Ces développements augmentent considérablement le risque d’accidents et les menaces pour l’environnement, en particulier dans le contexte des compressions budgétaires et de déréglementation de Transport Canada.

Les compagnies pétrolières et les gouvernements qui les soutiennent vont se servir de cet accident désastreux comme argument en faveur du développement des pipelines. Dès le lendemain de la tragédie, le Globe and Mail soutenait que « la tragédie du Québec nous rappelle que les pipelines sont le plus sûr moyen de transporter le pétrole.» et qu ‘«il est temps d’accélérer l’approbation de la construction du nouveau pipeline en Amérique du Nord.»

De semblables commentaires opportunistes, qui utilisent pareille tragédie dans le but de maximiser le profit, sont honteux et doivent être condamnés. Ce qui est urgent, en revanche, c’est un débat public de fond à propos de la politique économique, et comment c’est relié à d’autres questions d’intérêt public tels que la sécurité, la sécurité de l’environnement, l’emploi et les besoins sociaux. Comme Amir Khadir, député de Québec solidaire, l’a déclaré :« Plus globalement, la tragédie de Lac-Mégantic doit, je crois, nous amener à réfléchir sur la place que prend le pétrole dans notre économie ». Les sables bitumineux sont eux-mêmes une catastrophe écologique. Il est nécessaire de passer d’une industrie énergétique privée, axée sur les ressources non renouvelables, à une industrie appartenant à l’État et contrôlée démocratiquement, qui se consacre au développement des énergies renouvelables.

L’enquête en cours sur la tragédie de Lac-Mégantic va se concentrer sur la chaîne d’événements qui a entraîné le déraillement du train, et pourrait déterminer des responsabilités individuelles. Mais se pencher uniquement sur les causes immédiates et sur les acteurs directement impliqués dans le déraillement ne permettra pas d’identifier les causes fondamentales de la catastrophe et empêcher que pareils événements se reproduisent.

Le problème est beaucoup plus large et se trouve dans la logique du capitalisme lui-même – la recherche du profit avant tout, et les politiques de privatisation massive et de déréglementation des dernières décennies. Alors que nous efforçons de reconstruire Lac-Mégantic et luttons pour améliorer la sécurité ferroviaire, nous devons aussi lutter pour un système qui donne la priorité aux besoins du peuple avant la cupidité des entreprises, pour le socialisme.

Le Parti communiste réclame:

Le renforcement immédiat et l’application de la réglementation de la sécurité ferroviaire;
La nationalisation du transport ferroviaire, placé sous contrôle public et démocratique et la réparation immédiate et la mise à niveau du réseau ferroviaire et des infrastructures;
La nationalisation de toutes les ressources naturelles, énergétiques et autres, pour constituer la base d’une économie qui va prioriser les besoins et les intérêts du peuple et de l’environnement avant ceux des entreprises.
Déclaration émise par

Le Comité exécutif national du Parti communiste du Québec

et le comité exécutif central du Parti communiste du Canada

22 juillet 2013