Sep 242013
 

chartre

Déclaration du Parti Communiste du Québec (PCQ-PCC) sur la charte des valeurs du parti Québecois:

Le débat fait rage au Québec autour du projet de « charte des valeurs québécoises » que le gouvernement péquiste a officiellement rendue publique le 10 septembre dernier, mais dont le contenu avait été publié pour l’essentiel par les médias plusieurs jours auparavant.

Selon toute vraisemblance, c’est le gouvernement lui-même qui avait orchestré ces fuites dans les médias de façon à pouvoir évaluer l’impact que le projet allait avoir auprès de l’électorat. Au mois de mai 2013, le gouvernement avait fait faire un sondage où il avait déjà pu constater l’appui d’une majorité de citoyennes et de citoyens en faveur d’un encadrement des « accommodements raisonnables ». À cette occasion, le ministre responsable, Bernard Drainville, avait annoncé que la charte de la « laïcité » promise durant la dernière campagne électorale allait devenir plutôt celle des «valeurs québécoises ».

Essentiellement, le projet rendu public comporte cinq propositions tournant autour de deux aspects principaux, soit l’établissement de balises pour encadrer les demandes d’accommodements religieux et deuxièmement, la déclaration de la neutralité de l’État, notamment en interdisant à tous les employé(e)s de la fonction publique de porter des signes religieux ostentatoires.

Dans ce dernier cas, il est proposé de permettre aux cégeps, aux universités, aux établissements publics de santé ou de services sociaux ainsi qu’aux municipalités, de se soustraire à cette interdiction, durant deux périodes de cinq ans, à titre de période transitoire. Néanmoins, cet aspect demeure de loin le plus controversé puisqu’il brime des droits fondamentaux.

De surcroit, alors que le projet prétend assurer la neutralité religieuse de l’État, il permettrait néanmoins de conserver une multitude de symboles catholiques, considérés faire partie du patrimoine du Québec. Ainsi, paradoxalement, le crucifix que Maurice Duplessis, premier ministre d’obédience fasciste, avait fait accrocher en 1936 dans l’enceinte de l’Assemblée nationale, pour justement illustrer l’étroite relation d’alors de l’État avec l’Église catholique, y demeurerait.

UN MESQUIN CALCUL ÉLECTORALISTE

Le gouvernement péquiste minoritaire cherche désespérément une façon de conquérir une majorité parlementaire. Lors de la dernière campagne électorale, dans le contexte de la protestation étudiante contre la hausse des frais de scolarité, le Parti québécois a dû se résigner finalement à se positionner plus à gauche du spectre politique, faisant moult promesses allant dans le sens des revendications populaires: abolition de la loi 78, annulation de la hausse des frais de scolarité, abolition de la taxe santé, annulation de la hausse des tarifs d’électricité, augmentation de l’impôt des plus riches et des redevances sur les ressources naturelles, etc.

Le PQ n’avait agit de la sorte uniquement parce que l’espace politique à droite qu’il avait bien essayé d’occuper, était déjà trop achalandé, d’une part par le Parti Libéral et d’autre part, par la Coalition Avenir Québec qui, de son côté, lui avait ravi une grande partie de sa clientèle nationaliste de droite.

Cependant, aussitôt au pouvoir, prétextant son statut minoritaire, le PQ n’a pas tardé à trahir presque toutes ses promesses une derrière l’autre, et à se montrer sous son vrai jour en adoptant une politique budgétaire très austère. Loin de se soucier des droits des femmes comme il le prétend avec cette charte, il s’est plutôt attaqué aux services publics de santé et d’éducation, pénalisant principalement les femmes. Il s’est aussi attaqué aux personnes les plus démunies en diminuant les prestations d’aide sociale des personnes âgées de 55 à 57 ans, ainsi qu’aux familles avec enfant de moins de cinq ans. Bien entendu, un grand nombre de celles et ceux qui l’avaient élu sont déçus.

D’autre part, avec l’arrivée de Philippe Couillard à sa tête, le parti Libéral avait remonté très en avant dans les sondages, tandis que la CAQ reculait beaucoup. Cette situation est très menaçante pour le PQ.

Le PQ a donc fait le calcul opportuniste que le lancement de sa charte des valeurs lui permettrait de conquérir ou de reconquérir un électorat plus à droite, en particulier celles et ceux qui ont voté pour la CAQ et l’ADQ auparavant, et qui craignent pour leur identité nationale. Sans l’avouer ouvertement, le PQ compte bien profiter des sentiments d’intolérance, de xénophobie et d’islamophobie latents qui existent dans certains segments de la population.

Il n’existe aucun problème réel présentement en rapport avec les accommodements religieux qu’il soit urgent de régler, ni de menace concrète à l’identité québécoise provenant de signes religieux portés par des gens issus des communautés culturelles. Il est clair pour la majorité des gens que la démarche du PQ est avant tout électoraliste.

UNE CAMPAGNE QUI DÉRAPE

Au départ, suite aux premières fuites dans les médias, le PQ semblait avoir gagné son pari. Les sondages d’opinions étaient largement favorables à son projet. Le débat, une fois lancé par le gouvernement, a malheureusement autorisé, d’une certaine façon, certaines manifestations de racisme, quelquefois dans la rue, mais plus souvent dans les médias sociaux.

Mais, il y a aussi une mobilisation de celles et ceux qui s’opposent à cette charte, notamment de nombreux intellectuels et professeurs, des artistes fameux comme Richard Desjardins, Dan Bigras ou Michel Rivard, ou l’ex-leader étudiant, Gabriel Nadeau-Dubois, d’organismes comme la Fédération des femmes du Québec ou la Ligue des droit et libertés, ou la Fédération autonome de l’enseignement, un syndicat de professeurs.

Tout en étant favorable au principe de laïcité, Québec Solidaire s’oppose à l’interdiction du port de signes religieux par les employés-es de l’État et des institutions publiques : « Nous faisons une différence entre la neutralité religieuse des institutions et celle des individus » a déclaré Françoise David.

S’ajoutent aux opposants, des personnes très en vue du mouvement souverainiste, comme la députée du Bloc québécois, Maria Mourani, François Leblanc et Patrick Marais, respectivement ex-chef de cabinet et ex-conseiller politique de Gilles Duceppe, Jean Dorion, ex-député du Bloc québécois, l’écrivain Yves Beauchemin, l’auteur bien connu et ex-candidat du PQ, Robin Philpot et Michel Seymour, professeur de philosophie et ex-président des Intellectuels pour la souveraineté, etc.

Autre organisation qui déclare s’opposer à la charte est Amnistie internationale Canada francophone. La directrice générale, Béatrice Vaugrante, s’interroge sur la nécessité de «substituer à une supposée contrainte de porter un signe religieux la contrainte de l’État de ne pas en porter», craignant la stigmatisation et l’isolement de certaines femmes.

Toute cette opposition démocratique a commencé à faire reculer sérieusement le soutien au projet, considéré répressif et diviseur. Actuellement, selon le dernier sondage, il y aurait autant d’opposants que de supporteurs.

L’expulsion de la députée Maria Mourani du Bloc québécois à cause de son opposition ouverte à la Charte, a provoqué une sérieuse onde de choc dans les rangs souverainistes. Non seulement les prétentions du PQ qui dit vouloir mener « un débat ouvert » furent mises à mal, mais ce faisant, le PQ risque de s’être aliéné définitivement une grande partie des communautés culturelles, ainsi que leur soutien éventuel au projet de souveraineté du Québec.

D’autre part, le soutien qu’une droite xénophobe et raciste pourrait apporter au projet de charte ne se traduit pas nécessairement et automatiquement en vote pour le PQ. Une partie de cette droite est fédéraliste et opposée à la souveraineté du Québec (On peut penser, par exemple, à des supporteurs du parti conservateur de Stephen Harper.)

Selon certaines déclarations de représentants du gouvernement, celui-ci serait peut-être prêt à envisager des compromis sur l’interdiction de signes religieux ostentatoires pour les employés du secteur public.

Mais en même temps, le gouvernement semble manoeuvrer pour livrer la bataille électorale. Il vient d’annoncer la nomination de quatre ardentes partisanes de sa charte des valeurs au conseil d’administration du Conseil du statut de la femme à la veille d’une prise de position de l’organisme. Or, les opinions étaient partagées à ce Conseil et ces nominations qui ont été dénoncées publiquement par sa présidente Julie Miville-Dechêne sont carrément une prise de contrôle par le gouvernement de l’organisme, qui est supposé jouir d’une certaine indépendance pour être en mesure de remplir sa mission consultative. De plus, il y a certaines indications que des préparatifs logistiques pour des élections dès cet automne auraient été commandés par les autorités.

QUEBEC BASHING DANS LES MÉDIAS CANADIENS

Dès que les fuites sur le projet du PQ sont sorties dans les médias au Québec, il y a eu un tollé dans les médias dans le reste du Canada pour le dénoncer. Des accusations d’intolérance, de racisme, voire de fascisme ont été lancées, véhiculant des préjugés chauvins contre le Québec.

Ce n’est pas nouveau. Durant les années 40, l’intellectuel communiste Stanley Ryerson dénonçait dans son livre French Canada, « la calomnie à l’effet que les Canadiens français, en tant que peuple soient indifférents ou ennemis de la démocratie est réfutée par l’histoire. La tradition démocratique est profondément enracinée dans la conscience du peuple québécois »

Peu de temps avant, le 26 juillet dernier, dans une cause portant sur les droits linguistiques des francophones en Colombie-Britannique, la Cour suprême du Canada rendait une grave décision confirmant la position des tribunaux inférieurs à l’effet qu’il n’est pas possible de déposer des documents uniquement en français devant les tribunaux de cette province et qu’ils doivent obligatoirement être traduits en anglais. La Cour décidait aussi qu’il n’était pas non plus contraire à la Charte canadienne des droits et libertés que des instances s’y déroulent uniquement en anglais.

Pourtant, dans les médias du Canada, cette décision est pratiquement passée sous le radar. On peut imaginer sans peine la furie qu’aurait par contre déclenchée une décision semblable au Québec interdisant l’Anglais. Ce double standard illustre parfaitement la grande injustice qui règne dans ce pays contre le Québec : Unequal Union aurait dit Ryerson.

Or, c’est précisément ce traitement injuste et inégal au sein du Canada pour le peuple québécois qui anime et provoque cette crainte pour son identité. Le statut dominant conféré au Canada Anglais au détriment des autres nations du Canada est le point de départ des divisions nationales qui affaiblissent la lutte du peuple travailleur contre la domination du capital monopoliste.

OUI À LA LAÏCITÉ, NON À L’INTERDICTION DU PORT DE SIGNES RELIGIEUX!

Le PQ pratique essentiellement la même stratégie : diviser pour régner. S’il réussit son pari de gagner une majorité parlementaire sur la base de cette charte des valeurs, en montant les gens les uns contre les autres, il sera plus en mesure de raffermir ses attaques contre la classe ouvrière et ses acquis sociaux et il accélérera la mise en œuvre de son programme d’austérité.

Le parti communiste cherche au contraire le moyen d’unir la classe ouvrière pour qu’elle puisse résister aux attaques de la bourgeoisie et mener la lutte contre le capitalisme et pour le socialisme. C’est à travers le développement de la lutte de classe, dans les conditions pratiques de la société capitaliste, que les ouvrières et ouvriers parviendront le mieux à s’affranchir de leurs croyances religieuses et rejoindre la lutte pour le socialisme.

Le Parti communiste est d’opinion que la religion et les églises de toutes sortes sont fondamentalement réactionnaires et servent à défendre l’exploitation et à intoxiquer la classe ouvrière. Nous nous prononçons sans équivoque en faveur de la laïcité de l’État. Les institutions publiques doivent afficher une neutralité à l’égard des religions. Ainsi, est-il important que le crucifix soit enlevé de l’assemblée nationale si on veut pouvoir prétendre à la laïcité de l’État.

Cependant, le Parti communiste soutient la liberté de conscience et le droit démocratique des individus de pratiquer leurs religions ou de n’en avoir aucune. Nous nous opposons à la coercition et prônons une approche s’appuyant sur la persuasion et l’éducation. Dans ce sens, le Parti communiste s’oppose catégoriquement à l’interdiction du port de signes religieux pour tous les employé(e)s de la fonction publique tel que le propose le PQ, qui ne règle rien véritablement, puisque comme le disait Freidrich Engels, « les persécutions sont le meilleur moyen d’affermir des convictions indésirables », d’aviver l’intérêt pour la religion et de rendre plus difficile son dépérissement effectif.

« Les nouveaux immigrants constituent une partie importante de la main-d’œuvre du Canada. Ils continuent d’être l’objet d’attitudes hautement discriminatoires crées surtout pour accroître l’exploitation capitaliste et le chauvinisme national. Depuis sa fondation, le Parti communiste ne cesse de lutter pour mettre fin à la discrimination contre les immigrants. Il explique, dans son travail politique, que le capitalisme engendre le racisme et le chauvinisme. Le capitalisme cherche à profiter au maximum de ces travailleurs et de ces travailleuses qui œuvrent dans des secteurs mal-payés de la société. Il cherche à diviser la classe ouvrière afin de l’empêcher de s’unir et pour retarder ainsi la lutte commune de tous les travailleurs et travailleuses. »*

Le Parti communiste prône l’adoption d’une nouvelle Constitution et d’ « interdir toute violation des libertés civiles des immigrants, rendre illégale le racisme et la discrimination, garantir les droits démocratiques, culturels et linguistiques des groupes ethniques non-francophones et non-anglophones du Canada. Une nouvelle Constitution devra incorporer une déclaration générale des droits, ainsi qu’une déclaration spécifique des droits des travailleurs et des travailleuses pour garantir les droits des syndicats. Les droits démocratiques doivent s’appliquer à toutes les nations du Canada. Ces garanties doivent assurer l’égalité économique, sociale, culturelle et linguistique, le droit d’assemblée, le droit de syndicalisation et de grève, le droit d’habeas corpus (droit de ne pas être détenu sans accusation et sans jugement), le droit à un emploi, à la santé, à l’éducation, au logement. Elles doivent également garantir les droits des femmes, des jeunes et des enfants. »*

« Une nouvelle Constitution doit garantir l’unification des lois sociales, l’égalité de toutes les personnes, des normes élevées pour l’ensemble du Canada, ainsi que le respect de la souveraineté du Québec et le droit des peuples aborigènes à l’autonomie. »*

Le Parti communiste propose aussi un partenariat égal et volontaire du Québec et du Canada anglais, incluant le droit de se séparer, garantissant la pleine participation des peuples aborigènes et protégeant et développant leurs droits nationaux ancestraux, y compris le droit au “self-goverment” véritable, un droit de veto face à tout changement qui affecterait leur statut constitutionnel, et le droit à un développement économique, social et national accéléré.

« Cette lutte pour un changement constitutionnel est cruciale dans le cadre de la lutte générale pour la démocratie, le progrès social et le socialisme. L’unité de la classe ouvrière à travers le pays sera impossible si l’on ne mène pas une lutte contre l’oppression nationale et pour la réalisation d’un partenariat nouveau, égal et volontaire des nations du Canada. »*

( * Extraits du programme du Parti communiste du Canada et du Parti communiste du Québec, Notre avenir au Canada : le socialisme!)