Oct 092017
 

Déclaration du comité exécutif central du Parti communiste du Canada, 4 octobre 2017

Le Parti communiste du Canada condamne la violence sauvage du gouvernement espagnol de Mariano Rajoy exercée contre la population catalane afin de l’empêcher de voter dans un référendum le 1 er octobre 2017 pour se prononcer sur son avenir en tant que nation.

Selon les autorités catalanes plus de 800 personnes ont été blessées par les forces policières dont près d’une centaine plus gravement.

Tandis que chef de l’État espagnol se réjouissait d’avoir réussi à empêcher « avec toute sa force » le référendum, le gouvernement régional catalan a annoncé de son côté que plus de 90% des 2,2 millions de bulletins de votes qui ont pu être comptés soutiennent l’option indépendantiste. La police aurait par ailleurs réussi à fermer 319 bureaux de votes et saisir les urnes de sorte qu’environ 770 000 bulletins de vote n’ont pu être comptés. Malgré la répression et en tenant compte des bulletins saisis par la police, c’est environ 56% des 5,3 millions des électrices et électeurs enregistrés qui ont pu participer au vote.

Cette situation fait suite à la convocation par le parlement régional catalan le 6 septembre dernier d’un référendum d’autodétermination pour le 1er octobre. Non seulement le gouvernement espagnol l’avait fait déclarer illégal par la cour constitutionnelle, mais il a annoncé trois jours plus tard qu’il n’en reconnaîtrait pas le résultat. Environ un million de personnes sont alors descendues dans les rues de Barcelone pour exiger le droit du peuple catalan à l’autodétermination, c’est-à- dire le droit de décider par elles-mêmes.

Le 20 septembre au matin, la police espagnole prenait d’assaut le gouvernement catalan procédant à des perquisitions et arrêtant une douzaine de ses hauts responsables, dont le ministre des finances, sous le prétexte de « désobéissance, prévarication et détournements de fonds » en lien avec l’organisation du référendum. Encore une fois, la population répliqua immédiatement par milliers qui sont descendus dans les rues de Barcelone pour protester contre les arrestations.

Comme le gouvernement central avait annoncé son intention d’utiliser la force pour empêcher les gens de voter en prenant le contrôle des bureaux de vote, des milliers de personnes avaient occupé les jours précédents les endroits prévus pour la tenue du scrutin. Bien qu’au départ les sondages d’opinion n’octroyaient pas la majorité des voix à l’option indépendantiste, ironiquement, c’est le dérapage autoritaire du gouvernement central qui finalement semble y avoir rallié de plus en plus de gens.

Suite au vote, les autorités catalanes considèrent qu’une majorité s’était clairement exprimée en faveur de la sécession et elles se sont réunies à huis clos pour discuter des prochaines étapes de leur plan pour déclarer l’indépendance et la séparation de l’Espagne, défiant ainsi le gouvernement Rajoy. 44 organisations catalanes, dont les principaux syndicats catalans et deux associations indépendantistes, ont appelé à une journée de grève générale et de mobilisations mardi le 3 octobre.

La dérive autoritaire du gouvernement espagnol selon le Parti communiste des peuples d’Espagne, est un bond qualitatif dans le processus de liquidation des libertés entrepris ces dernières années. « Aujourd’hui, cette attaque du gouvernement Rajoy est lancée contre le droit du peuple de Catalogne et impose la liquidation de facto de la Generalitat. ( l’organisation politique de la communauté autonome de Catalogne, ndlr.). Demain, ce seront les droits de réunion et de manifester, et donc, étape par étape, tomberont le droit à la négociation collective, le droit de grève,… toujours avec le discours de « la défense de la loi».

Le Parti communiste d’Espagne apportant aussi son soutien aux mobilisations pour la défense des libertés démocratiques et du droit d’autodétermination des nations, avait déclaré pour sa part le 20 septembre « que l’issue pour recouvrer la vie démocratique normale et éviter la rupture de la coexistence des citoyennes et des citoyens est une entente entre les administrations qui donne le droit au peuple catalan de voter pacifiquement avec la garantie totale de pouvoir décider des différentes façons de s’organiser en tant que nation et en même temps, décider comment garantir les droits sociaux et les droits du travail que les gouvernements Rajoy et Puigdemont / Mas (À cet égard, le PCE considère que les gouvernements espagnol et catalan sont à la même enseigne, ndlr) ont volés depuis 2010. » Suite à la répression de Dimanche, le PCE, demande la démission du Président Rajoy et appelle à la mobilisation des forces sociales et démocratiques de tout le pays pour trouver une issue à la crise et éviter toute action unilatérale qui l’approfondirait.

MUTISME DES GOUVERNEMENTS ÉTRANGERS

Pour la Commission européenne, le référendum était illégal et elle soutient donc le gouvernement espagnol, déclarant « qu’il s’agit d’une question interne à l’Espagne qui doit être réglée dans le respect de l’ordre constitutionnel de ce pays. … la Commission est d’avis que dans les temps actuels, nous avons besoin d’unité et de stabilité, et non de division et de fragmentation. »

La plupart des pays d’Europe ont aussi évité de se prononcer sur cette crise. Les présidents français et américain ont quant à eux ouvertement soutenu le gouvernement Rajoy souhaitant une Espagne unie.

Amnistie internationale se contente de déplorer l’usage d’une force excessive employée par certains policiers dans l’exercice de leurs fonctions. Selon elle, « Les tensions étant très vives, il est essentiel que la législation espagnole comme le droit international relatif aux droits humains soient respectés. »

Invoquant la non-ingérence dans les affaires internes d’un autre pays, le gouvernement canadien a dit que « la question de la [Catalogne] relève des affaires internes de l’Espagne. » Le Canada souhaite « qu’une solution aux débats internes du pays soit trouvée dans l’harmonie et le respect de son cadre constitutionnel » a indiqué la ministre des Affaires étrangères, Chrystia Freeland. »

Étrangement, ce n’est pourtant pas ce à quoi le gouvernement canadien nous avait habitués dernièrement, en particulier dans le cas du Venezuela. La ministre Freeland s’est ingérée allègrement dans ses affaires internes et continue de le faire, notamment en lorsqu’elle s’est attaqué ouvertement à l’élection de l’assemblée constituante le 30 juillet dernier comme le prévoit pourtant la Constitution du pays et en adoptant dernièrement des sanctions économiques contre ses responsables politiques.

De son côté au Québec, le gouvernement Couillard a observé au départ le même mutisme et invoqué la non-ingérence dans les affaires de l’Espagne. Le premier ministre a même malicieusement essayé d’opposer le droit à l’autodétermination des nations autochtones à celui du Québec. Mais le 4 octobre, craignant une opinion publique très sensible à la violence commise par le gouvernement espagnol à une année de la prochaine élection au Québec, une motion fut adoptée à l’unanimité dénonçant cette violence et demandant une reprise du dialogue politique entre la Catalogne et l’Espagne avec une médiation internationale si les deux parties y consentaient.

La véritable raison de ce mutisme est que l’État canadien ne reconnaît pas le droit des nations qui composent le pays de s’autodéterminer et, le cas échéant, de se séparer. En ne se prononçant pas sur la force utilisée par l’Espagne contre la Catalogne, il se réserve en réalité la possibilité de faire la même chose ici.

L’État canadien a certes déjà toléré la tenue de référendums au Québec en 1980 et 1995, mais il a par la suite adopté la Loi sur la clarté référendaire qui lui donne autorité sur la question à mettre aux voix ainsi que sur l’interprétation du résultat. Cela constitue un déni complet du droit à l’autodétermination, et il est impératif que la classe ouvrière canadienne lutte contre ces politiques d’oppression nationale

Le Parti communiste du Canada défend parmi les diverses composantes nationales de la classe ouvrière l’idée de se reconnaître mutuellement le droit de s’autodéterminer comme nation, incluant celui de se séparer. L’objectif est de faire tomber la méfiance et les barrières afin de favoriser l’unité et la solidarité de la classe ouvrière multinationale dans sa lutte pour le socialisme, et éviter qu’elle se divise plutôt en segments nationaux rivaux qui, chacun de leur côté, se soumettent à la direction de leurs bourgeoisies respectives.