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Chapitre 6 – Pour un gouvernement populaire

 

Une alliance démocratique populaire, anti-monopoliste et anti-impérialiste aura comme objectif la restructuration démocratique de la société canadienne afin de donner la priorité aux intérêts de la majorité des gens et à briser la domination du capital financier sur tous les aspects de la vie. Elle essaiera de promouvoir les intérêts des travailleurs et des travailleuses par tous les moyens de lutte disponibles, en se basant sur les activités de masse extra-parlementaires et unitaires.

L’alliance luttera pour remporter des victoires électorales et pour parvenir à l’accession au pouvoir d’un gouvernement populaire déterminé à mettre en œuvre des mesures radicales pour démocratiser la société et transformer les rapports économiques en fonction des intérêts de la classe ouvrière et du peuple dans son ensemble.

Une telle percée sera difficile à réaliser étant donné les moyens sophistiqués dont dispose la classe dirigeante pour manipuler l’opinion publique, décourager le militantisme politique et influencer les résultats des élections bourgeoises. L’une des tâches cruciales de l’alliance consistera à défendre et à accroître la démocratie, et à empêcher les attaques du grand capital et des gouvernements contre le processus électoral.

Un gouvernement démocratique, anti-monopoliste, basé sur une majorité parlementaire et agissant de concert avec les mouvements extraparlementaires populaires, unis et militants, marquerait le début d’un changement qualitatif du rapport des forces de classe au sein de la société canadienne, et ouvrirait la porte à une transformation révolutionnaire vers le socialisme. Le peuple s’y impliquerait de façon vraiment importante.

Le gouvernement populaire s’engagerait à mettre en œuvre un programme d’action visant à servir le peuple et non à accroître les profits. Un tel programme s’élaborerait au cours des luttes sociales, économiques et politiques de la classe ouvrière et de ses alliés démocratiques et devrait être discuté largement et approuvé par toutes les forces de l’alliance.

Les communistes lutteront pour obtenir l’appui au programme de transformations politiques, économiques et sociales le plus avancé possible selon l’analyse de l’évolution de la situation. Le programme doit viser les objectifs suivants : (1) s’opposer et restreindre le pouvoir du capital financier (aussi bien étranger que local), et étendre la propriété publique aux secteurs clés de l’économie ; (2) redistribuer la richesse et élever les conditions de vie de la grande majorité du peuple ; et (3) introduire des réformes démocratiques radicales pour renforcer le contrôle et la gestion populaire de l’État canadien et des gouvernements à tous les niveaux.

Pour que les travailleurs et les travailleuses puissent exercer un contrôle démocratique et souverain de l’économie canadienne, il sera nécessaire de combattre et de briser la domination de celle-ci par le capital financier international. Les communistes proposent un programme populaire visant à réduire le pouvoir des monopoles par des réformes fiscales radicales, qui augmenteraient considérablement les impôts sur les revenus des grandes entreprises et sur les revenus personnels importants, par l’établissement de contrôles sur les investissements, sur les échanges et les activités spéculatives, par l’expansion des droits de la classe ouvrière en matière de réglementations concernant les lieux de travail, la gestion et les investissements. Le programme populaire comprendrait également l’arrêt de la politique de privatisations et le passage à une politique de nationalisation et de mise sous contrôle démocratique populaire des monopoles existant dans les secteurs vitaux de l’économie, particulièrement dans le secteur financier (banques et institutions financières), dans le secteur de l’énergie et des ressources naturelles (extraction, production, etc.), et dans le secteur des transports et des communications. Des mesures seraient également nécessaires pour obtenir le contrôle démocratique public du commerce extérieur et pour retirer le Canada de l’ALÉNA, de la ZLÉA, de l’OMC et des autres accords et blocs commerciaux injustes et favorables au grand capital.

La lutte pour la souveraineté économique, politique et culturelle a une importance cruciale au sein du programme populaire. Le contrôle de la souveraineté est vital pour assurer que la classe ouvrière et ses alliés puissent mener à bien le reste du programme de transformations sociales et progresser vers un Canada socialiste.

Les mesures visant à redistribuer la richesse et à élever le niveau et les conditions de vie de la grande majorité du peuple devront inclure, entre autres, les réformes suivantes :

  1. une réduction importante de la journée et de la semaine de travail, sans réduction de salaire pour les salariés / ées ou de perte de service pour le public;
  2. des hausses importantes du salaire minimum, des pensions et des autres avantages liés à l’emploi pour tous les travailleurs et les travailleuses à temps plein et à temps partiel ;
  3. des programmes de création d’emplois de grande envergure pour donner du travail à des millions de sans emploi et de travailleurs et de travailleuses sous-employés, pour réduire le chômage de façon importante et pour que tous et toutes aient droit à des prestations de chômage pendant toute la durée de manque d’emploi ;
  4. l’application de lois assurant l’entière équité salariale pour les travailleuses, l’adoption de droits complets liés à la reproduction humaine (congés de maternité, avortement,etc), la fourniture de soins universels et gratuits pour les enfants et d’autres services vitaux garantissant aux femmes un rôle entier et égal dans tous les aspects de la vie économique, politique et sociale ;
  5. la fourniture de services complets, gratuits et universellement accessibles pour tous et toutes, incluant des services de soins de santé, d’enseignement secondaire et post-secondaire, des pensions, des logements et d’autres services de base garantissant de bonnes conditions de vie ; et
  6. l’extension et la protection des droits de tous les travailleurs et travailleuses à la syndicalisation, à la négociation libre de conventions collectives et au droit de grève.

Le gouvernement populaire, avec l’appui actif et la mobilisation de la classe ouvrière et de ses alliés, introduirait également des réformes radicales pour renforcer le contrôle et la gestion par le peuple de l’État canadien et des gouvernements à tous les niveaux. La démocratisation de la vie politique et sociale permettrait à la classe ouvrière et au peuple l’exercice d’un plus grand pouvoir politique et une participation entière à la mise en œuvre du programme populaire.

Le gouvernement populaire instaurerait également une nouvelle politique étrangère, indépendante, basée sur la paix et le désarmement, et développerait des relations économiques, culturelles et diplomatiques avec tous les pays, basées sur la pleine égalité et sur le respect mutuel. Il retirerait le Canada de l’OTAN et du commandement intégré de NORAD (North American Air Defence / Défense aérienne du continent nord-américain), s’opposerait à tous les pactes militaires et aux actes d’agression, et œuvrerait à l’adoption de solutions politiques pacifiques pour résoudre les conflits régionaux et internationaux. Le Canada militerait pour l’établissement, entre tous les États, de rapports économiques équitables plutôt que basés sur l’exploitation, pour l’avancement des pays en voie de développement et pour la solidarité internationale envers les peuples du monde qui luttent pour l’indépendance, la paix et le progrès social. Le Canada s’efforcerait d’éliminer le contrôle impérialiste qu’exerce le Conseil de Sécurité des Nations Unies.

L’État canadien, particulièrement son appareil répressif constitué par l’armée, les forces policières, les tribunaux et le système carcéral, serait placé sous un contrôle et une supervision véritablement démocratique, et le Service canadien du renseignement et de la sécurité (SCRS), réactionnaire et anti-démocratique, serait éliminé. Une réorganisation aussi fondamentale contribuerait à empêcher l’utilisation par des forces de classe hostiles de cette partie de l’appareil d’État pour perturber et léser les intérêts de la classe ouvrière et du gouvernement populaire.

Pour démocratiser les lois et les structures électorales afin de garantir l’impartialité et la liberté des élections, des mesures telles que l’introduction de la représentation proportionnelle, le droit de suspendre des représentants élus et la fin de la monopolisation des médias par le grand capital seront également prises.

Le programme populaire devrait également inclure un appel pour que la Constitution canadienne soit réécrite par une Assemblée constituante puis soumise, en vue de son approbation, aux diverses composantes nationales du Canada. Les droits démocratiques, les droits sociaux et les droits de la personne seraient enchâssées dans la Loi fondamentale du pays. Une nouvelle Constitution devrait également garantir à toutes les nations du Canada des droits pleins et égaux et affirmer clairement le caractère volontaire de leur association. Des mesures permettant de réduire les inégalités nationales seront un facteur décisif pour forger l’unité de la classe ouvrière et de ses alliés à travers le pays.

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Bien que les mesures précédentes ne constitueraient pas le socialisme, la victoire d’un gouvernement populaire déterminé à exécuter un programme aussi audacieux représenterait un important pas en avant vers l’établissement d’un État socialiste.

Pour y arriver, un gouvernement populaire devra pouvoir compter sur la mobilisation générale et consciente de la classe ouvrière et de ses alliés extraparlementaires. Chaque fois que le gouvernement décrétera une réforme importante, mettra en œuvre une mesure démocratique, empiétera sur un pouvoir ou un privilège du Capital, la classe dirigeante et ses partenaires impérialistes internationaux accroîtront leur intransigeance et leur résistance par tous les moyens qu’ils auront à leur disposition. Mais leurs agissements soulèveront en même temps les masses et déclencheront des actions de classe en appui au gouvernement populaire.

Ce sera une période d’intensification de la lutte de classe sur tous les fronts : politique, économique et idéologique.

L’exécution adéquate du programme populaire et son rythme de mise en œuvre dépendront du degré d’unité et de militantisme de la classe ouvrière et de son avant-garde révolutionnaire, ainsi que de la stabilité de l’unité de l’alliance démocratique populaire et anti-monopoliste dans son ensemble. Les conditions nationales et internationales qui régneront alors auront également une influence sur le rythme des transformations sociales.

Tout au long de ce processus, la classe ouvrière et les forces populaires se mobiliseront pour appuyer et exécuter le programme du gouvernement populaire à l’occasion des campagnes électorales, des luttes dans les lieux de travail, des manifestations de rue et d’autres activités. La classe dirigeante menacée essaiera en même temps d’ébranler la confiance des forces populaires, leur unité et leur capacité de mettre en œuvre le programme populaire.

Pour préserver ses privilèges de classe et rétablir sa domination, la classe capitaliste tendra à recourir au chantage économique et au sabotage, à la subversion au sein des secteurs de l’appareil d’État qu’elle sera encore en mesure d’influencer et de contrôler, à la violence politique et au terrorisme et même à la rébellion ouverte et à l’intervention étrangère. Le gouvernement populaire, jouissant du plein appui de la classe ouvrière, sera pleinement justifié d’utiliser tous les moyens à sa disposition pour se protéger contre de telles attaques anti-démocratiques et illégales.

La classe ouvrière, agissant de concert avec ses alliés, par l’intermédiaire de son gouvernement élu, mais aussi plus directement dans les lieux de production (usines et bureaux) et dans les communautés, étendra et approfondira graduellement le contenu du programme populaire. Des réformes plus radicales seront appliquées, réduisant le pouvoir du Capital par des mesures progressistes telles que la nationalisation d’entreprises ou le contrôle des investissements et des devises.

Les conditions révolutionnaires augmenteront dans la mesure où la classe ouvrière et ses forces politiques auront acquis plus d’expérience et de confiance, et où les changements sociaux et économiques modifieront le rapport de forces de classe en présence au sein même de la société. L’option socialiste défendue par le Parti communiste gagnera un appui plus généralisé.

La transformation révolutionnaire vers le socialisme consistera dans le transfert absolu du pouvoir de la classe capitaliste à la classe ouvrière et à ses alliés. Ce processus subira l’influence des conditions et des événements nationaux et internationaux. Le rythme et les caractéristiques de cette transformation dépendront du degré d’unité et de détermination de la classe ouvrière et de ses alliés les plus proches aux moments décisifs, et de la capacité des forces progressistes et révolutionnaires de s’opposer et d’empêcher les activités contre-révolutionnaires entreprises en violation de la démocratie et du respect de la loi.


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