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Chapitre 2 – Le capitalisme au Canada

 

Qu’est-ce que le capitalisme?

Le système économique dans lequel nous vivons est le capitalisme. Dans ce système, les moyens de production sont, de façon prédominante, placé sous le régime de la propriété privée ; les capitalistes gèrent leurs industries, leurs banques, leurs sièges sociaux, leurs mines, leurs entreprises forestières, de transports et de services dans le but de faire des profits. Ils tirent leurs profits et accumulent du capital au moyen de l’exploitation de la classe ouvrière, qui comprend toutes les personnes travaillant de leurs mains et de leurs cerveaux pour un salaire. Le travail humain, de pair avec la nature, est la source de toutes les richesses matérielles et culturelles.

Sous le capitalisme, les travailleurs et les travailleuses ne sont pas propriétaires des moyens de production. N’ayant pour source principale de revenu que leur capacité de travailler, ils sont obligés de vendre leur force de travail à un capitaliste en échange d’un salaire pour pouvoir vivre. La classe ouvrière constitue la grande majorité de la population dans des pays capitalistes tels que le Canada; elle comprend les travailleurs et les travailleuses œuvrant dans tous les secteurs de l’économie, syndiqués ou non, chômeurs ou sous-employés. La classe ouvrière comprend également les familles de ces gens.

Aujourd’hui, le système encourage les travailleurs et les travailleuses à investir dans des actions et des obligations d’épargne. Leurs fonds de pensions sont devenus un important bassin de capitaux d’investissements et de spéculation à la Bourse et sur les marchés financiers. Les capitalistes peuvent ainsi compter sur ces fonds additionnels pour leurs investissements, tout en faisant croire aux travailleurs et aux travailleuses qu’ils ont une certaine influence sur les décisions économiques et sur les politiques des entreprises. En vérité, le “capitalisme populaire” n’est qu’un mensonge : il est exclusivement contrôlé par la classe capitaliste.

Le conflit fondamental qui existe entre le capital et le travail est propre au système capitaliste. Les capitalistes, qui contrôlent les principaux moyens de production de la société, n’engagent et ne paient leurs employés que si la force de travail de ces derniers leur rapporte des profits. Ils maintiennent les salaires aussi bas que possible afin d’extraire le plus de profits possible de l’exploitation de leurs employés-es. La classe ouvrière lutte pour maintenir et augmenter les salaires, pour améliorer les conditions de vie et de travail, et pour accroître ses droits économiques, politiques et sociaux. Tel est l’aspect central de la lutte des classes sous le capitalisme. La lutte des classes affecte toute la société, et, parvenue à une certaine étape, elle pousse la classe ouvrière à entreprendre une lutte révolutionnaire afin de changer le système social lui-même.

Sous le capitalisme, le processus du travail est réalisé par les efforts conjoints d’un nombre considérable de personnes, œuvrant dans des fabriques, des usines et des bureaux. Bien que le travail et le processus de production soient organisés de façon sociale (collective), les fruits du travail sont appropriés de façon privée par les propriétaires des moyens de production. Cette contradiction fondamentale entre le caractère social de la production et l’appropriation privée et capitaliste des biens et services produits est à l’origine de tous les maux du capitalisme : le chômage, l’insécurité économique et sociale, la pauvreté généralisée, les crises économiques et les guerres.

En se développant, le capitalisme crée en même temps son propre fossoyeur : la classe ouvrière.

 

Le développement du capitalisme au Canada

Au Canada, les rapports capitalistes existent depuis le début de la colonisation européenne et de l’oppression des peuples aborigènes. Les structures coloniales se sont développées dans le contexte du capitalisme mercantile, l’une des premières formes de capitalisme. Elles étaient axées à l’origine sur l’exploitation et le commerce du poisson, des fourrures et du bois entre les colonies et la France et l’Angleterre. Avec le développement de la colonisation et l’accumulation de capitaux, les premières petites entreprises ont commencé à se former. Graduellement, des entreprises plus importantes ont vu le jour, surtout forestières et de construction navale.

Au moment de l’établissement de la Confédération, en 1867, l’expansion industrielle était déjà en plein essor, stimulée par le développement des transports maritimes et ferroviaires et par l’introduction de la machine à vapeur et des autres réalisations technologiques.

À cette époque, le Canada était une colonie dominée par des capitaux britanniques. Au début du XXe siècle cependant, la dépendance commerciale et la dette envers la Grande-Bretagne ont graduellement été remplacées par la dépendance, encore plus grande, envers le capital et la technologie des États-Unis. Des capitaux gérés par des entreprises US ont pris le contrôle des secteurs-clés de l’économie canadienne, surtout dans le domaine des industries manufacturières et des ressources naturelles. Le Canada a ainsi accru, plus que tout autre pays capitaliste développé, son intégration et sa dépendance envers l’économie états-unienne. Et cette situation, à son tour, a augmenté le déséquilibre de la structure économique canadienne. La présence grandissante des transnationales des États-Unis et d’autres pays a accru les pressions déjà existantes en vue d’accroître l’exploitation des ressources naturelles canadiennes. Cela a également conduit à une fuite massive et croissante de profits, d’intérêts, de tarifs et autres types de transferts de capitaux, ce qui a, à son tour, entraîné une réduction de la création de nouvelles entreprises, de l’emploi et de la recherche. Cela a aussi facilité la pénétration politique et culturelle de l’impérialisme états-unien.

 

Le capitalisme au Canada aujourd’hui

Le capitalisme fait en sorte que la richesse et la propriété des moyens de production se concentrent entre les mains d’un nombre toujours plus réduit de personnes. Au Canada, comme partout à travers le monde, les petits producteurs, les commerçants et les cultivateurs sont écrasés par les entreprises capitalistes plus puissantes. C’est dans un tel contexte de compétition acharnée que le capitalisme primitif a donné naissance aux monopoles. La fusion du capital bancaire et du capital industriel, orchestrée par un petit nombre de groupes financiers, a permis à une poignée d’immenses entreprises de dominer toute l’économie. Tel est le stade du capitalisme monopoliste, base économique de l’impérialisme, stade suprême et final du développement capitaliste.

Le capital financier, résultat de la fusion du capital bancaire et du capital industriel, est devenu la forme dominante de capital au Canada. Le capital financier, aussi bien canadien qu’international, contrôle des transnationales et des banques géantes, qui, de façon croissante, exercent leurs activités partout à travers le monde sans tenir compte des intérêts nationaux.
Le capitalisme monopoliste actuel se caractérise principalement par le rôle dominant des entreprises transnationales. Les investissements et la spéculation dûs à des flux toujours croissants de capital financier international déstabilisent les marchés nationaux et régionaux et le système capitaliste mondial dans son ensemble. Une poignée d’entreprises transnationales géantes, dont plusieurs ont plus de pouvoir économique qu’un grand nombre d’États et d’économies nationales, se battent pour parvenir à l’hégémonie mondiale. D’une part, cette lutte accélère la concentration des richesses par la fusion d’entreprises, par de nouvelles acquisitions et par des partenariats. D’autre part, elle accélère aussi l’appauvrissement des populations partout à travers le monde. Avec la mondialisation capitaliste, le développement inégal, caractéristique propre à toutes les étapes du capitalisme, atteint des proportions inégalées.

Mais malgré tout son pouvoir économique et idéologique actuel, le capitalisme monopoliste est plongé dans une profonde crise systémique dont il est incapable de sortir. Il s’agit d’une crise générale, à la fois économique, politique et culturelle. Le capitalisme essaie de résoudre cette crise en intensifiant l’exploitation, les agressions militaires et les guerres.

 

Le capitalisme monopoliste d’État

Le capital financier soumet toujours plus directement l’État canadien à ses intérêts et à son contrôle. Le stade du capitalisme monopoliste d’État, dans lequel les intérêts du capital financier sont absolument confondus avec ceux de l’État, est une nouvelle étape de l’expansion du contrôle des entreprises sur tous les secteurs de la vie économique et politique. Le gouvernement, bien qu’il donne l’impression d’être indépendant des intérêts de tel ou tel entreprise en particulier, n’en est pas moins devenu, pour l’essentiel, un instrument au service d’une poignée des plus importants capitalistes monopolistes pour contrôler le reste de la société. Le capital financier utilise l’État pour obtenir des contrats, du capital et des subventions, pour conquérir des marchés étrangers et pour placer ses investissements. Le capital monopoliste appuie l’expansion des secteurs d’État, que se soit au niveau des services ou des entreprises, quand cela sert ses intérêts. Autrement, il favorise plutôt les coupures et les privatisations. L’État sert également à redistribuer les revenus et les richesses dans l’intérêt des monopoles au moyen du système fiscal ainsi que des lois qui visent à réduire les salaires et à affaiblir le mouvement syndical.

Le capitalisme monopoliste d’État sape les bases de la démocratie bourgeoise traditionnelle. La soumission de l’État aux intérêts du capital financier mine le rôle déjà réduit des instances élues des gouvernements. Cela se produit à tous les paliers de l’État, que se soit au niveau fédéral, provincial ou municipal. Le grand capital intervient ouvertement dans les processus électoraux en faisant la promotion de ses propres intérêts. Il intervient également de manière indirecte au moyen d’un réseau d’instituts et de comités d’experts (“think tanks”) qui lui sont favorables. Il utilise son contrôle sur les médias pour influencer les idées et les attitudes de la population et pour influencer sans aucun scrupule les résultats des élections. Il corrompt le processus démocratique en achetant politiciens et fonctionnaires. Le grand capital foule aux pieds les droits politiques du peuple en l’empêchant de pouvoir faire des choix vraiment démocratiques. Il augmente ainsi, au sein de la population, le sentiment d’aliénation et le cynisme à l’égard du processus électoral.

Dans les conditions actuelles de mondialisation capitaliste, de manière à défendre et promouvoir ses intérêts, le capital financier international a besoin d’institutions de régulation, reconnues et appuyées par les États impérialistes. Il a accru le rôle des institutions capitalistes internationales existantes telles que l’Organisation mondiale du commerce (OMC), le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque mondiale, afin d’imposer son hégémonie sur le plan international. Il a également favorisé la création et le renforcement des blocs régionaux constitués par les traités tels que l’Accord de libre-échange nord-américain (ALÉNA), la Zone de libre-échange des Amériques (ZLÉA), l’Union européenne (UE) et la Coopération économique des pays d’Asie-Pacifique (CÉAP ou APEC) afin de défendre les intérêts des centres impérialistes respectifs. Ces puissantes structures internationales minent la souveraineté des pays et des États, favorisant ainsi l’apparition de nouveaux conflits et contradictions au sein du système de régulation du capitalisme monopoliste.

L’État monopoliste capitaliste moderne, quelle que soit sa forme, a pour principaux objectifs la préservation du système capitaliste et l’enrichissement des monopoles. Il doit donc réprimer le mouvement de la classe ouvrière et de son avant-garde révolutionnaire. Il doit aussi écraser les pays qui demeurent socialistes, ainsi que les luttes de libération nationale à travers le monde.

 

Le capitalisme canadien et les transnationales

Le Canada est un pays impérialiste, c’est-à-dire un État capitaliste monopoliste hautement développé. Le niveau de contrôle étranger au Canada est le plus élevé de tous les pays impérialistes dans le monde; néanmoins, le Canada n’est ni une colonie, ni une semi-colonie. Les transnationales canadiennes participent à l’exploitation des masses laborieuses d’autres pays, et le Canada est soumis à toutes les contradictions propres au capitalisme mondial.

Aujourd’hui, le capital financier canadien est étroitement lié aux transnationales états-uniennes et au capital financier international en général. L’imposition de politiques néolibérales et, particulièrement, des accords dits de « libre-échange », ont intensifié ce processus d’intégration capitaliste sous la domination des États-Unis. Les groupes monopolistes canadiens contrôlent de nombreux secteurs de l’économie ainsi que l’État canadien, mais le capital financier international, principalement celui des transnationales états-uniennes, contrôlent des secteurs considérables dans les domaines de l’extraction des ressources naturelles, de la production de biens manufacturés et des services. Ce niveau élevé de propriétés étrangères a augmenté les déséquilibres structurels et les inégalités régionales au sein de l’économie canadienne. La domination des États-Unis mine la capacité du Canada et des autres pays des Amériques à contrôler leur économie respective. Des décisions importantes en matière d’investissement, de changements technologiques, de fermetures d’usines et de congédiements sont prises hors de nos frontières. Aucun secteur de l’économie canadienne n’échappe à l’influence des transnationales des États-Unis et des autres pays.

Simultanément, il se produit une concentration toujours plus rapide de la richesse entre les mains d’un groupe extrêmement petit de conglomérats et de transnationales. L’économie canadienne est ainsi devenue beaucoup plus monopolisée que plusieurs autres pays impérialistes. Le capital canadien franchit en même temps nos frontières à un rythme croissant. Le monopole canadien est devenu plus qu’un partenaire secondaire de l’impérialisme états-unien : il fait partie intégrante du système impérialiste mondial. Les intérêts des monopoles canadiens sont étroitement liés à ceux du capital états-unien. Des liens se tissent également avec l’Union européenne et le Japon.

La collaboration entre les secteurs les plus réactionnaires des monopoles états-uniens et des monopoles canadiens se reflète clairement dans la politique étrangère. La subordination voulue du Canada à l’impérialisme états-unien force le Canada à suivre la politique belliciste des États-Unis en tant que membre de l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord (OTAN) et d’un réseau d’autres accords de « défense ». Les politiques d’intégration économique et militaire adoptées par la section dominante du capital financier a transformé le Canada en une rampe de décollage militaire pour le complexe militaro-industriel états-unien.

Les monopoles canadiens ont leurs propres intérêts indépendants à protéger et à promouvoir. Mais la tendance dominante au sein des secteurs monopolistes canadiens vise l’intégration économique et la collaboration politique avec l’impérialisme états-unien et avec le capital financier international en général. Pour maximiser leurs profits, les monopoles canadiens sont prêts à sacrifier la souveraineté économique et politique du pays, à condition de recevoir une part raisonnable du pillage des ressources naturelles canadiennes, de conserver un part du marché national et d’accaparer une plus grande part des marchés états-uniens, régionaux et mondiaux.

La dépendance du Canada à l’égard de l’impérialisme états-unien a coûté cher en matière de développement. Cette dépendance a accéléré l’épuisement des ressources naturelles du Canada, diminué notre degré d’autosuffisance en matière de production alimentaire et d’autres produits de base, aggravé les déséquilibres propres au développement inégal dont souffre le Canada, radicalement réduit la recherche et le développement et éliminé des emplois dans presque tous les secteurs de l’économie.

Une plus grande intégration du Canada à l’impérialisme états-unien va carrément à l’encontre de la volonté, exprimée par la grande majorité des Canadiens et des Canadiennes, de défendre la souveraineté et l’indépendance du pays. La lutte contre la domination états-unienne, pour une véritable indépendance canadienne et pour une politique étrangère indépendante fait partie de la lutte qui se développe au niveau international contre la mondialisation capitaliste, l’agression impérialiste et la guerre.

La lutte pour la démocratie et la souveraineté est une composante nécessaire et une partie intégrante du processus révolutionnaire canadien. Elle exige une lutte concertée contre le principal ennemi du peuple canadien : le capital financier aussi bien canadien qu’international. Pour mener avec succès cette lutte, la classe ouvrière devra en assumer le rôle dirigeant.

 

Le capital financier et le peuple

La concentration, la centralisation et l’internationalisation toujours grandissantes du capital ont créé une effarante division entre les monopoles et la majorité du peuple au Canada.

L’idée que le capitalisme correspond à une société de consommation et d’abondance, et que celui-ci est capable de surmonter toutes les crises et qu’il peut assurer le plein emploi et des conditions de vie toujours meilleures est erronée. L’idée que la croissance économique et la création d’emplois sont possibles si l’on augmente la productivité et la compétitivité internationales est également fausse. Sous toutes ses formes, le capitalisme est opposé aux intérêts de la classe ouvrière. Ce système ne peut véritablement assurer de sécurité pour le peuple travailleur parce qu’il est basé sur l’exploitation du travail par le capital, dans le but de générer le profit. La soif insatiable de profits, l’exploitation croissante et l’accélération constante des cadences de travail tendent à éliminer toutes les augmentations de salaire que les travailleurs et les travailleuses peuvent arracher par leurs luttes. Le capital monopoliste réalise, en surplus, d’immenses profits sur le dos des salariés en manipulant le système monétaire, en se servant du crédit, et en dictant au gouvernement des politiques fiscales qui redistribuent le revenu national à l’avantage des riches.

Le capitalisme canadien confirme la loi générale sur l’accumulation, mise en évidence par Karl Marx : le capitalisme crée partout plus de richesse privée, mais transforme du même souffle toujours plus de personnes en salariés (prolétarisation), en chômeurs et en pauvres.

Le capitalisme monopoliste d’État profite également de la classe ouvrière en la divisant au moyen de l’oppression systématique des femmes, des jeunes, des peuples aborigènes, des personnes de couleur, des handicapés et des défavorisés. C’est un système qui prive les personnes de leur dignité humaine.

Les monopoles et les transnationales perpétuent la surexploitation des femmes en tant que travailleuses, ainsi que l’oppression sexiste des femmes, jeunes et adultes, au sein de la société. L’offensive du capital financier contre les conditions de vie et les droits sociaux affecte encore plus durement les femmes que les hommes. Le principe de salaire égal pour un travail équivalent est refusé aux femmes : leurs salaires et leurs revenus demeurent inférieurs à ceux des hommes. Les taux de chômage des femmes, surtout celui des femmes de couleur et des femmes aborigènes, sont plus élevés. Nombre de femmes n’arrivent pas à sortir du ghetto des emplois mal payés de secteurs tels que les services ou la production industrielle à domicile qui sont quasi impossibles de syndiquer.
Au lieu de faciliter l’avancement des femmes, le capital monopoliste crée plus d’obstacles à l’avancement professionnel des femmes, à l’établissement de garderies, aux congés parentaux entièrement payés, au libre choix en matière de reproduction et à la pleine participation des femmes à la vie politique. Les femmes sont également plus durement touchées par les coupures dans les services sociaux et par les attaques contre les pauvres.

La violence contre les femmes demeure généralisée. Malgré l’ampleur du problème des mauvais traitements physiques et psychologiques et les pratiques déshumanisantes contre les femmes, les fonds publics destinés aux refuges pour femmes, aux centres de crises pour victimes de viols et aux autres installations d’importance cruciale pour les femmes, sont coupés.

Alors qu’aujourd’hui elles constituent presque la moitié de la main-d’œuvre salariée au Canada, les femmes effectuent encore la majorité des travaux ménagers dans notre société. La situation est similaire ailleurs. Bien que ces travaux ne fassent pas directement partie du cycle de l’exploitation capitaliste, ils jouent néanmoins un rôle essentiel dans le processus de reproduction de la force de travail. Le double fardeau est l’une des plus importantes formes d’oppression des femmes sous le capitalisme.

Le capitalisme monopoliste refuse à la jeunesse un avenir prometteur. Un nombre croissant de jeunes sont en chômage ou sont sous-employés. Les coupures effectuées dans l’éducation publique créent un système à deux vitesses, ouvrant la porte à la privatisation en bloc de l’éducation. Les étudiants de collèges et d’universités font face à des frais de scolarité supérieurs et à des dettes écrasantes à mesure que l’éducation post-secondaire devient toujours plus inaccessible aux jeunes de la classe ouvrière et des couches moyennes.

Le capitalisme monopoliste a systématiquement recours au racisme pour tirer des superprofits et créer des boucs émissaires afin de détourner les masses populaires de la lutte pour des emplois, la santé publique, l’éducation et l’accroissement du niveau de vie. Le capitalisme canadien a une longue histoire de racisme; Les théories racistes affirmant la supériorité des blancs furent utilisées pour justifier le pillage brutal perpétré contre les peuples aborigènes. Le racisme, la xénophobie, le régionalisme, le sexisme, l’anti-sémitisme et les autres formes de discrimination, y compris la discrimination contre les gais et les lesbiennes, les bisexuels et les transsexuels, contre les communautés et groupes immigrants, contre les minorités culturelles et religieuses, contre les athées, ainsi que contre les retraités et les handicapés, ont été utilisés pour diviser la classe ouvrière et affaiblir l’unité du peuple au cours de ses luttes.

 

Le capitalisme, source des crises

Malgré sa capacité de produire d’immenses richesses, le système capitaliste moderne s’enlise au Canada dans une crise grandissante à tous les niveaux. Cette crise est systémique et comporte plusieurs éléments, parmi lesquels une récession économique cyclique, un chômage structurel massif, des crises agricoles, environnementales et sociales. Le capital financier utilise ses nombreuses et abondantes ressources, entre autres l’État canadien, pour essayer de gérer cette crise et maintenir sa domination de classe. Il est cependant incapable de résoudre les contradictions fondamentales qui le caractérisent et qui sont la cause de la crise systémique du capitalisme.

L’économie capitaliste suit un cycle comprenant les phases d’expansion, de stagnation, de crise profonde et de reprise. Habituellement, l’expansion est suivie d’une surabondance de produits sur le marché. Ensuite viennent les fermetures d’entreprises et les mises à pied de travailleurs et de travailleuses, non pas parce que la population n’a plus besoin des produits fabriqués par ces entreprises, mais parce que les marchandises ne se vendent plus dans des quantités et à des prix assurant des taux de profit jugés satisfaisants par les capitalistes. La capacité productive entre alors en contradiction avec le pouvoir d’achat réduit de la population. Une lente reprise commence alors, et le cycle se poursuit jusqu’à la prochaine phase de crise. Ces crises périodiques de surproduction relative sont une caractéristique indissociable du capitalisme. Les capitalistes essaient de rejeter le fardeau de ces crises cycliques sur le dos du peuple travailleur qui est alors obligé et doit riposter.

La régulation de l’économie par l’État est elle-même en crise. Le keynésianisme correspondait aux politiques réformistes bourgeoises basées sur une intervention limitée de l’État qui furent largement mises en œuvre au cours de la longue phase d’expansion économique qui suivit la Deuxième Guerre mondiale, pour stabiliser les économies capitalistes; ce système visait à affaiblir et à détourner le militantisme et l’internationalisme des mouvements de la classe ouvrière. Le keynésianisme cherchait à diminuer au sein de la classe ouvrière la puissante attraction qu’exerçait alors la voie socialiste. Ces politiques permirent, jusqu’à un certain point, et pendant un certain temps, d’atténuer les plus graves effets des crises cycliques, mais ne purent malgré tout empêcher ces crises de se produire. Ces politiques heurtaient en même temps les intérêts du capital financier dans la mesure où elles favorisaient l’accroissement du secteur d’État et une amélioration, bien que limitées, des salaires et des protections sociales pour le peuple travailleur. C’est ce qu’on a par la suite appelé l’“État providence”. Cette amélioration, même partielle, entravait évidemment l’accumulation et la concentration du capital. Avec le temps, les intérêts des transnationales sont entrés en profond conflit avec les politiques keynésiennes de régulation de l’État qui freinaient les flux de capitaux au niveau international et les activités des transnationales en général. De plus, les politiques keynésiennes plongeaient l’État capitaliste dans une dette publique alarmante, dont le montant des intérêts (le “service” de la dette) est surtout payé par les travailleurs et les travailleuses.

Vers le milieu des années 70, l’aggravation de la crise a forcé le capital financier à rejeter les politiques économiques keynésiennes et à s’orienter vers le néolibéralisme. Adoptant le slogan “retournons à la liberté du marché”, les gouvernements capitalistes du Canada et d’ailleurs ont commencé à imposer un programme dévastateur et anti-populaire, mais favorable aux entreprises, de “libéralisation” du commerce (le soi-disant “libre”-échange), de déréglementation et de privatisation.

Le néolibéralisme, politique dominante du capital financier actuel, constitue une violente attaque contre les masses laborieuses. Mais le retour aux politiques keynésiennes, qui ont lamentablement échoué, ne constitue nullement la solution dont la classe ouvrière a besoin. Que se soit sous “la main de fer dans un gant de velours” propre au réformisme de l’“État providence” ou sous la férule du “coup-de-poing dans le bas-ventre” propre au néolibéralisme réactionnaire, les politiques du capital financier et de son État ne peuvent satisfaire les besoins du peuple travailleur.

Aucun des deux types de politiques bourgeoises ne peut débarrasser l’économie capitaliste de ses dérèglements organiques et de ses crises économiques; aucun de ces deux type ne peut assurer un progrès économique rapide et sans inflation, pas plus qu’une situation efficace de plein emploi de la main-d’œuvre. La croissance économique provoque inévitablement la surchauffe de l’économie, des tensions extrêmes, le développement inégal et des crises monétaires et financières. Ces éléments montrent que le capitalisme monopoliste d’État ne peut éliminer l’insécurité économique, les crises cycliques et le chômage chronique massif.

Malgré toutes les réglementations gouvernementales et internationales, le capitalisme monopoliste demeure fondamentalement une économie de marché désordonnée. En effet, les réglementations gouvernementales et la planification du développement économique sont fondamentalement incompatibles avec les relations capitalistes basées sur la propriété privée et le spontanéisme des forces du marché capitaliste.

Seule une alternative démocratique, opposée à l’entreprise capitaliste, mettant les intérêts du peuple avant les profits peut défendre les intérêts de la classe ouvrière au Canada et préparer la voie au véritable pouvoir populaire et au socialisme.

 

Productivité, chômage et la classe ouvrière

Le rythme accéléré des progrès scientifiques et technologiques et leur rapide application dans toutes les sphères de la vie ont qualitativement transformé les forces productives (c’est-à-dire les outils, les matières premières et la main-d’œuvre elle-même). Le caractère et la substance du travail dans le processus de production sont en train de changer, ce qui affecte à la fois la composition de la classe ouvrière et ses relations avec les autres classes. Le capital financier, dans sa course continuelle au profit, utilise la technologie pour baisser les coûts de production en remplaçant la main-d’œuvre par des machines et par des procédés économisant le travail. Les progrès scientifiques et technologiques ont augmenté le degré d’exploitation et d’aliénation de la classe ouvrière.

L’introduction des nouvelles technologies n’a pas changé l’essence du capitalisme et ne permettra donc pas d’émanciper la classe ouvrière. C’est en fait le capital qui se renforce le plus par l’introduction de moyens de haute technologie et de techniques de production nouvelles, telle que la production “juste à temps”. Plus les progrès technologiques se multiplient et plus le taux de productivité s’accroît, plus le taux d’exploitation augmente, plus l’intensité du travail s’accentue et plus se creuse le fossé qui sépare le capital financier des travailleurs et des travailleuses. L’allongement des heures de travail ainsi que l’augmentation de la tension physique et mentale au travail ont des effets néfastes sur la santé et la sécurité de tous les travailleurs et des travailleuses.

La révolution des sciences et de la technologie a augmenté la dérèglementation de la production et le développement inégal du capitalisme. La compétition acharnée entre les transnationales et les groupes financiers rivaux pousse chaque entreprise à introduire de nouveaux moyens technologiques dans le but de réduire les coûts de production. Mais les innovations technologiques sont extrêmement coûteuses, et l’augmentation constante des dépenses nécessaires à leur implantation dans les lieux de travail font baisser le taux de profit. Le capital financier essaie alors de contrer cette baisse tendancielle du taux de profit de plusieurs façons : (1) par la réduction des dépenses salariales en diminuant les salaires, en augmentant les cadences de production, en allongeant la journée de travail, en sous-contractant, en licenciant, en fermant des installations et en procédant à d’autres formes de restructurations des entreprises ; (2) par l’absorption ou par la fusion d’entreprises rivales ; (3) par la redistribution des revenus au moyen de politiques fiscales qui augmentent les impôts des gens ordinaires tout en allégeant ceux de la classe capitaliste ; (4) par la privatisation de plusieurs sections du secteur public, ce qui permet alors d’obtenir de nouvelles sources de profits ; et (5) par l’accès à de nouveaux marchés au moyen d’accords de commerce et d’investissement, et, si cela est nécessaire, au moyen d’agressions militaires.

Les innovations technologiques dans le contexte du capitalisme monopoliste provoquent de profonds changements structurels, des inégalités entre les différentes sphères de la production et des distorsions généralisées au sein de l’économie, et cela autant au niveau de chaque pays qu’au niveau mondial. Le capital financier international utilise son monopole technologique pour piller les pays en voie de développement.

Les progrès de la technologie de l’information sont une composante essentielle de la mondialisation capitaliste et de la standardisation dans plusieurs domaines de la production. Dans un contexte général où le capital est toujours plus mobile, ces progrès permettent une mobilité encore plus grande de la production. En augmentant le nombre et les types d’industries, le capital peut répondre aux grèves ou aux revendications des travailleurs et des travailleuses en transférant rapidement ailleurs et presque sans interruption des secteurs entiers de production de façon permanente ou provisoire. Comme lors de toutes les révolutions technologiques antérieures, de tels changements de la production exigent de la classe ouvrière l’élaboration de nouvelles tactiques et de nouvelles formes de lutte pour relever les défis, entre autres le développement de la solidarité internationale et des actions conjointes du mouvement ouvrier international.

Bien qu’ils freinent parfois, en fonction de leurs intérêts, les progrès scientifiques et techniques, les monopoles ont surtout tendance à introduire de nouvelles technologies afin d’accroître la productivité et de baisser les coûts de production dans le but d’obtenir plus de profits d’une main-d’œuvre réduite. Les transnationales états-uniennes exercent une mainmise quasi absolue des technologies de pointe. Elles utilisent cette position privilégiée pour rendre le Canada plus dépendant et moins souverain. Cela freine en même temps la recherche et le développement et réduit également le nombre d’emplois qualifiés et de haute technologie existant au Canada.

La modernisation de l’économie par l’implantation des technologies les plus récentes est un processus extrêmement coûteux qui se finance grâce aux profits exorbitants extorqués à la classe ouvrière par les entreprises installées dans les pays capitalistes développés et par les capitaux siphonnés dans les pays en voie de développement. Ces pays sont saignés à blanc par les transnationales et par leurs gouvernements respectifs, qui arrachent des impôts et des taxes aux masses laborieuses et donnent de généreuses subventions à ces entreprises commerciales et industrielles.

L’État dicte les mesures économiques, organisationnelles et administratives nécessaires pour briser la résistance face à l’introduction de nouvelles technologies. L’État, entre autres tactiques, intensifie ses attaques contre les syndicats pour affaiblir leur résistance à la restructuration anti-ouvrière et pour les détruire. Dans ce but, les entreprises et l’État essaient d’atténuer ou d’éliminer les normes protégeant les conditions de travail ainsi que les lois qui permettent la syndicalisation, la négociation des conventions collectives et le droit de grève; ils s’attaquent également aux salaires et aux programmes sociaux.

Parmi les problèmes sociaux causés par l’introduction des sciences et des technologies nouvelles, le plus grave est celui de l’acroissement du chômage. Alors que la révolution scientifique et technologique tend à favoriser les cols blancs plutôt que les cols bleus, le taux de formation professionnelle est inférieur au taux de croissance de la population. Les taux de chômage permanent et de sous-emplois sont devenus des phénomènes de masse qui ne suivent plus les phases de reprise et d’expansion du cycle économique. Le Canada en subit les tragiques conséquences : d’une part, toute une génération de jeunes en est particulièrement affectée, un grand nombre d’entre eux risquant de ne jamais trouver d’emploi à plein temps et même, tout simplement, de ne jamais trouver d’emploi au cours de leur vie ; d’autre part, les chômeurs plus âgés ne sont pas réintégrés dans la main-d’œuvre parce qu’ils manquent de compétences et parce que l’on considère qu’il serait peu rentable de leur donner une nouvelle formation pour la période relativement courte de vie active qu’il leur reste.

Cette tendance se maintiendra et accentuera les conflits sociaux.

Dans ce contexte de taux de chômage élevé et de flexibilité extrême des procédés de production, les emplois à temps partiel, temporaires et à contrat augmentent de façon considérable, surtout pour les femmes et pour les jeunes. Des lois du travail rétrogrades ne garantissent pas, à ces derniers, le salaire minimum, la sécurité d’emploi, l’attribution d’allocations de sécurité sociale ou le droit de se syndiquer. Cette réalité isole un grand nombre de travailleurs et de travailleuses à temps partiel du reste de la main-d’œuvre et surtout du mouvement syndical. Cette tendance est renforcée par la nature et par les conditions mêmes du travail à temps partiel.

La combinaison du chômage et du sous-emploi fait en sorte que la pauvreté atteint maintenant d’autres classes sociales. Si la classe ouvrière et les personnes animées d’un esprit démocratique ne combattent pas les courants réactionnaires et néo-fascistes, ces derniers se renforceront en manipulant les peurs et l’insécurité ressenties par les chômeurs permanents, les personnes marginalisées, les cultivateurs appauvris et les petits entrepreneurs ruinés.

Le chômage structurel accentue les divisions existant entre les personnes qui ont un emploi stable, les chômeurs et les personnes qui sont constamment déplacées en fonction du marché des emplois. Le capital se sert de l’armée de réserve constituée par les chômeurs non seulement pour diminuer les salaires, mais aussi pour jeter les différents secteurs des masses laborieuses les uns contre les autres. Le capitalisme monopoliste d’État utilise cette tendance à la stratification pour attaquer tous les travailleurs et les travailleuses. Ces derniers, constamment forcés de payer toujours plus de taxes et d’impôts directs et indirects, se retournent contre les pauvres et les sans emplois, qui paient eux aussi des taxes directes et indirectes, mais dont le sort est toujours plus désespéré, à mesure que les programmes sociaux qui sont sensés leur venir en aide, sont considérablement coupés.

Malgré le chômage chronique, la classe ouvrière continue sa croissance, aussi bien relative (par rapport aux autres couches sociales) qu’absolue (en terme de nombre). L’exode historique de populations des zones rurales aux zones urbaines ne constitue plus la principale source de croissance de la classe ouvrière. De nos jours, ses effectifs grossissent surtout en raison de la collectivisation et de la prolétarisation des professions et des semi-professions dans les secteurs des emplois de bureau, du commerce et de l’administration, et de l’accroissement du nombre de femmes et de nouveaux immigrants au sein de la main-d’œuvre salariée.

L’immigration, en particulier, est en train de modifier la composition de la classe ouvrière au Canada : de nombreuses communautés ethniques rejoignent ses rangs, créant une main-d’œuvre multi-ethnique, particulièrement dans les principaux centres urbains. Les nouveaux immigrants n’apportent pas seulement de la diversité au niveau ethnique ethnique et culturelle à la classe ouvrière, mais également l’expérience, le militantisme et la conscience de classe que certains d’entre eux ont développés au cours des luttes de classe menées dans leurs pays d’origine.

D’importants changements sont survenus dans la composition des différents secteurs de la classe ouvrière. Dans le passé, la classe ouvrière était surtout composée de travailleurs manuels que l’on retrouvaient principalement dans des fabriques, des mines et des entreprises de grandes dimensions, dont la main-d’œuvre formait u ensemble homogène, discipliné et directement subordonné aux exigences de l’accumulation capitaliste. D’importants et nouveaux secteurs de la classe ouvrière sont en croissance, notamment au sein du secteur public et des industries de service, à forte proportion de femmes. La révolution scientifique, technologique et informatique actuelle crée également de nouvelles activités et fonctions, et en modifie de plus anciennes. Les travailleurs et les travailleuses des nouvelles industries technologiques de masse, des institutions publiques et des services de grande envergure participent toujours plus activement au sein du mouvement syndical, au côté de leurs frères et de leurs sœurs des secteurs plus traditionnels.

Dans plusieurs nouveaux secteurs de l’emploi, de jeunes travailleurs et travailleuses apportent au mouvement ouvrier un nouvel élan de militantisme et de dynamisme. Bien qu’ils manquent d’expérience, leur énergie et leur détermination à lutter ont des conséquences générales positives sur le développement du mouvement syndical.

Malgré ces changements, la classe ouvrière reste une classe composée de travailleurs et de travailleuses salariés, qui ne possèdent pas de moyens de production, de distribution ou d’échange, qui doivent vendre leur force de travail afin de vivre et qui sont directement ou indirectement exploités par les capitalistes. Le conflit irréconciliable entre les travailleurs et les capitalistes demeure l’axe principal de la vie sociale et politique.

Depuis les années 70, le nombre et la proportion des travailleurs et des travailleuses autonomes ont augmenté au Canada. Les médias capitalistes déforment ce fait en affirmant que l’on assiste à une remontée des valeurs bourgeoises et de l’enthousiasme à l’égard du capitalisme au sein de la société. En fait, nombre de ces nouveaux “entrepreneurs” sont la conséquence directe du développement de la sous-traitance, des licenciements et de l’appauvrissement. Ces personnes sont très dépendantes et leurs niveaux de vie est inférieur à celui qu’ils avaient auparavant. Elles ont davantage de choses en commun avec la classe ouvrière qu’avec les capitalistes.

 

La crise des régions rurales au Canada

Le capitalisme monopoliste d’État est responsable de la crise agricole canadienne. La chute de la population rurale canadienne, évolution manifeste au cours de l’histoire, est une conséquence de la tendance du capitalisme à concentrer la richesse entre de moins en moins de mains et à expulser de leurs terres les petits fermiers qui n’arrivent plus à assumer les coûts toujours plus élevés de la machinerie et des autres intrants qui augmentent la production. Les politiques des gouvernements, favorables aux monopoles, n’ont fait que renforcer cette tendance. Les monopoles financiers et industriels dominent l’agriculture, et les fermiers doivent, d’une part, acheter les semences, l’équipement et les autres intrants aux prix élevés fixés par ces monopoles, et, d’autre part, vendre leurs produits aux prix fixés par les puissants monopoles d’emballage, de mouture et de manutention des grains et de transport ferroviaire. Le capital monopoliste les écorche vifs en contrôlant les marchés, les prix et les crédits. Il étend sa domination sur l’agriculture au moyen du complexe agro-industriel et par l’introduction de biotechnologies, telles que les cultures d’organismes génétiquement modifiés (OGM), strictement contrôlée par les monopoles du complexe agro-industriel.

En augmentation constante, le contrôle et la propriété des terres et des ressources par les monopoles imposent des dettes écrasantes aux fermes familiales, accélèrent les faillites et finissent par expulser leurs habitants de leurs terres, en nombres record. La faillite des fermes familiales et la transformation des membres de ces familles en travailleurs agricoles, c’est-à-dire leur prolétarisation croissante, est une conséquence directe du contrôle grandissant de l’agriculture par les grandes entreprises de transformation alimentaire et de machinerie agricole.

D’autres producteurs du secteur primaire sont confrontés à un problème similaire, tels que les pêcheurs et les propriétaires de terres à exploitation forestière, qui dépendent de la préservation des ressources renouvelables de la terre ou de la mer. La domination de ces industries par le grand capital et l’introduction d’équipements de haute technologie pour la récolte et la transformation des produits entraînent l’épuisement rapide de ces ressources, et préparent, dans certains cas, des désastres environnementaux. Les petits producteurs du secteur primaire sont également à la merci de ces grandes entreprises, auxquelles ils sont obligés de vendre leurs récoltes. Tiraillés par les coûts élevés d’opération, par les dettes, par la baisse du prix de gros de leurs produits, par l’épuisement des ressources, ces producteurs du secteur primaire et leurs familles voient leurs revenus diminuer, et des milliers d’entre eux ont été forcés d’abandonner complètement leur moyen de subsistance.

La restructuration technologique et la diminution des ressources dans les industries forestière et minière entraînent, elles aussi, de lourdes conséquences sur les travailleurs industriels, surtout sur les mineurs et les travailleurs du bois, qui vivent et travaillent dans les communautés rurales ou isolées. L’automation, l’épuisement des ressources ou ces deux éléments combinés ont éliminé plusieurs milliers d’emplois bien rémunérés et syndiqués.

Cette crise est en train de détruire les fondements de l’économie d’un grand nombre de communautés rurales et de petites villes à travers le Canada, ruinant les petites entreprises indépendantes et augmentant le chômage à la campagne.

 

La crise environnementale

Sous le capitalisme, la main-d’œuvre et l’environnement naturel sont exploités pour satisfaire l’objectif prioritaire des capitalistes, c’est-à-dire la réalisation de profits privés. En tant que système, le capitalisme ne peut exister qu’en augmentant continuellement l’étendue et l’intensité de l’exploitation et de l’appauvrissement de la main-d’œuvre, ainsi que le pillage de l’environnement.

Le système impérialiste est la cause fondamentale de la dégradation de l’environnement et des inégalités en matière d’utilisation des ressources. Le capitalisme, en tant que mode de production et de consommation, a élevé la dégradation de la nature à des niveaux jamais atteints dans l’histoire. Quelques exemples parmi d’autres le montrent clairement au Canada : l’épuisement des stocks de poissons de l’Atlantique et du Pacifique, le risque de disparition de la forêt pluviale tempérée à cause des coupes à blanc, l’aggravation de la pollution du bassin hydrographique des Grands-Lacs et la détérioration avancée de l’environnement urbain d’un grand nombre de villes.

L’expansion du capitalisme sur tous les continents, l’ampleur de la consommation des ressources et de l’énergie, l’effarante production de déchets, l’apparition et la prolifération de nouveaux produits toxiques répandus à des taux de concentration élevés ont causé la destruction et l’extinction, à un degré inégalé, de nombreuses espèces et systèmes écologiques. L’étendue et la gravité des catastrophes environnementales, le réchauffement de la planète et la diminution de la diversité biologique ont atteint des proportions critiques partout à travers le monde. Des régions entières sont affectées par la pollution de l’air, par la toxicité des océans et des systèmes hydrologiques des lacs et des rivières, ainsi que par la détérioration des zones littorales et des sols. Les dernières grandes forêts de la terre sont gravement menacées. Les problèmes dus à l’expansion tentaculaire des villes, au trafic et aux ordures se multiplient, les déchets nucléaires s’accumulent, les nappes phréatiques s’épuisent et les habitats de multitudes d’espèces animales disparaissent. Les transnationales ont déversé certains des déchets les plus dangereux pour l’environnement sur les territoires des pays dépendants et moins développés, mais aucun peuple n’est à l’abri de telles pratiques.

En essayant de rivaliser économiquement et militairement avec les puissances impérialistes, les pays socialistes ont commis de profondes erreurs, causant de graves dégâts environnementaux. Un des facteur qui contribua à aggraver la situation fut l’étouffement de la discussion et des débats au sein d’un certain nombre de partis communistes au pouvoir. En conséquence, ces partis ne purent éviter ces erreurs ou corriger rapidement celles-ci, de manière à construire le socialisme sur la base d’un environnement viable. De tels dégâts n’étaient pourtant pas propres au socialisme, puisque ce système ne vise pas la réalisation de profits privés.

Le Canada dispose de certaines des plus importantes ressources et réserves environnementales encore disponibles au monde. Mais les ravages causés par les entreprises et l’inaction des gouvernements, qui devraient pourtant mettre fin à de telles dévastations et renverser la tendance, menacent nos terres, nos rivières, notre littoral, l’air que nous respirons, la flore et la faune et la santé des habitants du Canada. Le capitalisme, de par sa nature, est incapable de régler cette crise. Les plus petites réformes, telles que des moratoires spécifiques, limitées et relatifs à l’extraction de ressources, suscitent une résistance obstinée. La course à des profits toujours plus élevés se cachent le plus souvent derrière le prétexte de protéger les emplois.

La lutte des travailleurs pour la santé et la sécurité au travail, ainsi que pour la sécurité d’emploi est inséparable de la lutte pour la protection et la restauration de l’environnement dans son ensemble, et pour un changement fondamental des attitudes et des rapports économiques à l’égard de l’environnement. De nos jours, alors que l’exploitation capitaliste et les crises s’aggravent, la question de l’environnement est indissociablement liée à celle des conditions de vie de la classe ouvrière, et cela ici même au Canada. Des secteurs de travailleurs et de travailleuses syndiqués, particulièrement les secteurs de ressources, ont accepté le discours des entreprises qui oppose mesures de protection de l’environnement et protection des emplois. Il est vital que les travailleurs et les organisations écologistes reconnaissent que pour garantir des emplois viables à long terme, il faut protéger l’environnement, et que les communautés doivent s’unir contre leur ennemi commun, le capitalisme monopoliste.

À elles seules, les réformes ne peuvent mettre fin à la tendance générale à la dégradation de l’environnement. Plusieurs des mesures de protection mises en œuvre jusqu’ici sont aujourd’hui affaiblies ou détruites par la déréglementation néolibérale et les coupures de budget. Le capital n’a jamais accepté de bon gré les atteintes à la propriété privée et à son « droit » d’exploiter. Ni les transnationales, ni les capitalistes dans leur ensemble ne sont capables de résoudre la crise environnementale. Les problèmes environnementaux qui s’accumulent sont si vastes, la mise en œuvre de solutions connues est si urgente et l’accroissement de la crise fait tellement partie de la nature du capitalisme qu’un changement révolutionnaire démocratique contre le capitalisme lui-même est nécessaire. Des changements si fondamentaux ne peuvent être réalisés que par l’action politique organisée de la classe ouvrière en unité avec ses alliés de classe.

Seul le socialisme peut mettre l’environnement avant les profits. Seul le socialisme permettra à l’humanité de corriger scientifiquement les graves conséquences sociales et environnementales du capitalisme sur la nature, et de se débarrasser ce système, qui, par son absence de planification et ses méthodes désordonnées, détruit l’environnement naturel. Les connaissances et les ressources de l’humanité doivent être utilisées pour protéger la terre pour les prochaines générations.

 

La crise des conditions sociales

La domination du capital financier et l’adoption de politiques néolibérales par ses gouvernements ont aggravé les contradictions sociales et les problèmes sociaux de toutes sortes.
Les droits humains et sociaux, c’est-à-dire le droit à un emploi satisfaisant, à l’éducation, à des soins de santé, à un logement adéquat, à la sécurité sociale pour les personnes âgées, à l’égalité sociale et économique à part entière pour les femmes, les immigrants, les membres des minorités et les travailleurs, et à la dissension politique sont continuellement réduits, attaqués ou carrément niés.

La pauvreté, les problèmes de logement, et le désespoir social deviennent chroniques pour des millions de gens. La santé, l’éducation, l’assurance-chômage, les systèmes de pension et de compensation pour les travailleurs et les travailleuses, ainsi que les autres programmes et services publics sont coupés et privatisés. Les logements à loyers modiques et les logements sociaux et coopératifs sont en train de disparaître. Le “filet de sécurité sociale”, pour lequel les travailleurs et les travailleuses se sont battus pendant si longtemps, est dans un état lamentable.

La vie sociale et culturelle du pays continue de se détériorer, et l’aliénation entraîne l’augmentation de la criminalité, du néofascisme, de l’accoutumance aux drogues, des mauvais traitements et de la violence contre les femmes et les enfants, ainsi que d’ autres formes de comportements oppresseurs et antisociaux. Le système encourage la cupidité et l’égoïsme, le culte de la consommation, l’apathie et l’indifférence, ainsi que l’individualisme effréné. Mais les valeurs sociales positives telles que la coopération, la solidarité et l’engagement envers la société sont également présentes et se développent, et personnifient la volonté de lutte du peuple.

Grâce au contrôle qu’il a sur l’économie, l’appareil d’État, les sciences, les médias et les communications, la culture et de l’industrie du spectacle, le capital financier peut exercer une pression psychologique et idéologique constante sur tous les aspects de la vie du peuple. Il transforme tout en marchandise, déforme et étouffe le développement des arts et des sciences, ainsi que la vie culturelle en général. Il ravale un nombre toujours croissant de scientifiques, d’artistes et de professionnels à des rôles de laquais des grandes entreprises. Il soumet la santé de la classe ouvrière et du peuple à des pressions toujours croissantes.

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Le capitalisme s’est transformé, depuis longtemps déjà, en un système parasitaire, incapable de répondre aux besoins grandissants du peuple, et opposé à ceux-ci. Les luttes des masses laborieuses pour la satisfaction de leurs besoins économiques, pour la démocratie et pour l’indépendance sont, par conséquent, des luttes contre le capital financier, aussi bien canadien qu’international.


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