Le 5 octobre, le paysage politique québécois a été secoué. La CAQ, hier hégémonique, a été balayée. Le Parti québécois, passé de trois à 59 sièges, revient au pouvoir à la tête d’un gouvernement minoritaire. Le Parti conservateur d’Éric Duhaime fait une entrée fracassante à l’Assemblée nationale avec 19 députés. Les libéraux, eux, reprennent du terrain et redeviennent une force parlementaire incontournable. La scène politique québécoise, en recomposition, semble plus volatile dans un contexte international et économique instable.

Les plaques tectoniques de la politique québécoise ont bougé. Mais sous les décombres d’une coalition patronale qui a cessé de remplir sa fonction historique, une chose demeure : le pouvoir du capital monopoliste. Les visages changent, les équilibres se déplacent, les partis se succèdent. Les intérêts de classe, eux, persistent.

Le gouvernement péquiste ne tardera pas à être pris entre les pressions des conservateurs et celles du patronat. Il a déjà indiqué la direction : appels à la « collaboration », volonté de « se tasser du chemin » pour les entreprises, promesses d’allègements fiscaux. La réaction n’a donc pas besoin d’attendre à la porte du pouvoir : elle trouve déjà des relais dans les institutions.

Plus inquiétante encore est l’irruption du Parti conservateur. Ce qui était hier édulcoré dans les formations traditionnelles dispose désormais de son propre porte-voix parlementaire. La réaction décomplexée a trouvé son creuset. Derrière une respectabilité soigneusement fabriquée, le PCQ porte un populisme qui cherche à canaliser le désespoir vers la haine, à détourner la colère populaire de ses véritables causes et à l’opposer aux luttes syndicales et populaires. Il nous appartient désormais de rappeler sans relâche de quel côté des barricades se situe cette formation lorsqu’éclate la lutte.

Dans ce nouveau rapport de forces, Québec solidaire ne peut prétendre occuper le terrain d’une gauche de rupture. Sa campagne n’a pas posé les questions fondamentales du travail, des syndicats, du pouvoir des monopoles, de l’économie de guerre ou de l’intégration du Québec à l’impérialisme états-unien.

Notre campagne nous a permis d’ancrer le Parti communiste du Québec comme force politique. Nous avons prouvé notre pertinence.

Nous n’avons pas gagné de siège. Nous n’avons pas disposé de machines électorales ni de moyens comparables à ceux des partis représentés à l’Assemblée nationale. Mais, pendant quarante jours, le Parti communiste du Québec a occupé le terrain de la lutte politique. Nous avons parlé de logement véritablement social public, de travail, de stages non rémunérés, d’économie et de vie chère, de souveraineté réelle, d’impérialisme, d’OTAN, de NORAD et de libre-échange. Nous avons refusé de choisir entre les différentes nuances de l’ordre établi. Nous avons posé la question que les autres préfèrent contourner : comment briser le pouvoir des monopoles?

Les 821 voix obtenues ne constituent pas la mesure de cette bataille. Notre victoire est ailleurs : le Parti communiste du Québec existe, il est désormais identifié comme une force politique et il a commencé à prendre racine dans les luttes de notre nation. Nous avons semé. Il nous faut maintenant cultiver.

Car la prochaine bataille ne se gagnera pas dans le seul Salon bleu. Un gouvernement minoritaire est vulnérable à la rue. Les négociations à venir dans le secteur public constitueront un premier rendez-vous majeur. C’est là que se mesurera la capacité du mouvement syndical à reprendre l’offensive et celle des forces populaires à transformer leur colère en rapport de forces.

Nous ne pouvons attendre notre salut ni des partis parlementaires, ni des promesses électorales, ni d’une quelconque conversion de Québec solidaire. Le mouvement syndical et les mouvements démocratiques et populaires, aussi indispensables soient-ils, ne suffisent pas à eux seuls. Il nous faut un véhicule politique à la hauteur de la tâche : un véhicule capable de fédérer les forces pro-syndicales, démocratiques, anti-impérialistes et anti-monopolistes et de leur donner une perspective de rupture.

Les élections ont changé les rapports de forces. Elles n’ont pas changé la nature du pouvoir.

À nous maintenant de faire en sorte que les graines semées pendant cette campagne deviennent une force organisée, consciente et combative. Notre Comité national devra tirer les leçons de cette bataille, mais surtout préparer les suivantes.