L’unité syndicale et la résistance collective demeurent aujourd’hui des conditions essentielles pour défendre les intérêts de la classe ouvrière. Les luttes récentes, qu’il s’agisse de celles menées par le SCFP ou du Front commun, ont rappelé à la fois la nécessité de la mobilisation et les limites des rapports de force actuels. Certes, les victoires obtenues peuvent parfois sembler en demi-teinte, mais il ne sert à rien de jouer les Cassandre ou de s’en tenir à une posture purement critique : l’heure est à la construction patiente et déterminée d’un véritable rapport de forces. Il est facile de pérorer sur la nécessité d’une grève sociale; il est autrement plus exigeant de bâtir les conditions concrètes d’une mobilisation capable d’entraîner non seulement la CSN et la FTQ, mais l’ensemble de la classe ouvrière.

Car, fondamentalement, nous sommes d’abord des travailleurs, avant d’être des membres de tel ou tel appareil syndical. Les sigles — CSN, FTQ ou autres — importent moins que l’objectif commun : gagner face à nos patrons, qui, eux, n’ont pas besoin de bannière particulière pour défendre leurs intérêts de classe. Cette conscience doit aussi nous amener à porter un regard critique sur nos propres directions syndicales. Quels que soient leur style ou leur discours, certains dirigeants cherchent à contenir la combativité ouvrière, à canaliser la colère pour éviter qu’elle ne devienne une véritable force autonome contre le patronat. Le mouvement syndical devrait au contraire tâcher à organiser la classe ouvrière comme sujet politique indépendant, au lieu de se réduire à un rouage du système existant, à un simple instrument de stabilité pour la classe dirigeante. Les travailleurs ne doivent pas être les fantassins du capital, mais les acteurs conscients de leur propre émancipation.