Le 18 aout, le Chef du Parti québécois annonce, après en avoir fait la focale de son programme et de toutes ses sorties depuis au moins cinq ans, que tant que Donald Trump sera au pouvoir, un gouvernement péquiste n’organiserait pas de référendum. Pour principale raison, il invoque la nécessité de réunir les conditions optimales afin de débattre pleinement de cette question. Selon lui : « le débat ne doit pas être confisqué par les soubresauts de la politique américaine [sic], ni par les coups d’éclat d’un président imprévisible, ni par les campagnes de peur. » Il espère également « désamorcer » les arguments du camp opposé à l’option indépendantiste souvent employés par la CAQ prétendant que l’impétuosité de Trump commande un Canada uni et fort.
Or, peu importent les justifications fournies, il reste que la manœuvre est essentiellement opportuniste et politicienne. Lorsqu’il évoque les défis majeurs au-delà de la question référendaire auxquels devra s’affronter le prochain gouvernement, il concède à demi-mot que le Parti québécois refuse que la « question de l’urne » soit celle de l’avenir constitutionnel du Québec.
Cette tendance n’est pas nouvelle. Galvaniser les troupes péquistes autour de la promesse d’organiser un référendum dès le premier mandat, faire miroiter le rêve d’un Québec devenu souverain et non plus seulement une province, c’est une chose. Cette formule permet à la rigueur de ravir quelques circonscriptions lors d’élections partielles. Mais remporter des élections générales, c’en est une autre, particulièrement lorsque l’option indépendantiste stagne autour de 30%. C’est ainsi que PSPP amende le terrain depuis un certain temps. Il a déjà commencé son rétropédalage en laissant sous-entendre que le référendum promis pourrait en fait se résumer à une « consultation ». Le Chef péquiste se cherche une voie de sortie. Donald Trump la lui a livrée.
Au-delà de l’opportunisme politicien et les bassesses qui l’accompagnent, cette manœuvre dévoile de rechef la véritable nature du projet séparatiste. S’il s’agissait réellement d’une proposition visant à garantir la souveraineté du peuple québécois, il semble au contraire que l’aversion dument manifestée à l’égard de Trump devrait servir d’argument au cœur des éléments de langage d’une campagne prétendument souverainiste.
En effet, devant un Canada de plus en plus docile, de plus en plus intégré aux États-Unis sur tous les plans – oublions les éphémères contorsions de Carney des derniers jours – au point de constituer de facto un 51e État, ne serait-il pas logique que les défenseurs d’un Québec souverain se fassent les pourfendeurs de l’impérialisme yankee et, dans leur appel à l’indépendance du Québec, adoptent une rhétorique – car il serait ingénu d’espérer mieux – anti-États-Unis?
Or, depuis le début de l’année, après que les États-Unis envahissent puis enlèvent le Président en exercice du Venezuela, assiègent et asphyxient Cuba de plus belle, fomentent une sale guerre en Iran, continuent d’appuyer un génocide en Palestine, PSPP multiplie les déclarations à l’effet que les intérêts du Québec se confondent avec ceux de notre voisin du sud. Avant le retrait – plutôt mélodramatique que sérieux – de Carney de la table de négociations commerciales de l’ACEUM, il n’avait rien de mieux à offrir que de rappeler qu’un Québec indépendant serait plus « efficace » lors de négociations avec les États-Unis. Une fois le retrait de Carney acté, sa réaction initiale a été de condamner l’impavidité du Premier ministre fédéral qui supposément lèserait le Québec.
Tout est dit! Pour le PQ comme pour tous les partis à la solde du Capital, le projet politique qui les anime est fondamentalement similaire. Il s’agit de s’intégrer au mieux à l’économie continentale, à savoir se subordonner aux États-Unis. La souveraineté que revendique le PQ n’y fait pas exception. Quand un projet d’indépendance dépend du locataire de la Maison blanche, on voit qui est à l’orchestre et qui fait danser les couillons…
